La Bête surgit de la mer (13 :1)


13 :1 Alors je vis surgir de la mer une Bête ayant sept têtes et dix cornes, sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des titres blasphématoires. {2} La Bête que je vis ressemblait à une panthère, avec les pattes comme celles d’un ours et la gueule comme une gueule de lion ; et le Dragon lui transmit sa puissance et son trône et un pouvoir immense. {3} L’une de ses têtes paraissait blessée à mort, mais sa plaie mortelle fut guérie ; alors, émerveillée, la terre entière suivit la Bête. {4} On se prosterna devant le Dragon, parce qu’il avait remis le pouvoir à la Bête ; et l’on se prosterna devant la Bête en disant : « Qui égale la Bête, et qui peut lutter contre elle ? »

{5} On lui donna de proférer des paroles d’orgueil et de blasphème ; on lui donna pouvoir d’agir durant quarante-deux mois ; {6} alors elle se mit à proférer des blasphèmes contre Dieu, à blasphémer son nom et sa demeure, ceux qui demeurent au ciel. {7} On lui donna de mener campagne contre les saints et de les vaincre;  on lui donna pouvoir sur toute race, peuple, langue ou nation. {8} Et ils l’adoreront, tous les habitants de la terre dont le nom ne se trouve pas écrit, dès l’origine du monde, dans le livre de vie de l’Agneau égorgé.

{9} Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! {10} Les chaînes pour qui doit être enchaîné ; la mort par le glaive pour qui doit périr par le glaive !

Voilà qui fonde l’endurance et la confiance des saints.

Dans Ap 12 :17, on a vu le dragon,  furieux contre la femme, « s’en alla guerroyer contre le reste de ses enfants, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus. {18} Et je me tins sur la grève de la mer ». Maintenant on le voit mener combat contre les saints par l’intermédiaire de la Bête de la mer. La Bête fut présentée plus tôt dans Ap 11 :7 comme la Bête de l’Abîme qui mène combat contre les deux témoins et les tue lorsqu’ils ont fini leur témoignage. Ici elle est présentée comme l’acolyte du Diable. Elle ressemble même au diable, avec dix cornes et sept têtes. Le Diable délègue à la Bête, son autorité, son trône et son pouvoir. La Bête est l’incarnation du Diable sur terre grâce à qui le Diable guerroie contre les saints et les vainc. Les armes employées sont l’emprisonnement et la mort. Tous ceux qui se prosternent devant la Bête, se prosternent devant le Diable. Elle est la consommation des quatre bêtes vues par Daniel et elle représente alors un empire politique mondiale qui est impie et bestial. Plus loin dans l’APOCALYPSE, la Bête monte sur la prostituée et symbolise l’empereur. Ainsi empire et empereur sont interchangeable. Elle a le pouvoir d’agir pendant quarante-deux mois (voir les païens qui foule la Ville Sainte ; la prophétie des deux témoins et la femme dans le désert). La Bête exerce son pouvoir dans le monde entier et symbolise le pouvoir politique. La deuxième Bête symbolise les pouvoirs réligieux et économiques. Hendriksen remarque que la première Bête symbolise la main de Satan, tandis que la deuxième Bête symbolise son esprit. « La première représente le pouvoir de persécution de Satan qui agit à travers les nations et les gouvernements de ce monde. La deuxième symbolise les faux religions et philosophies de ce monde ». Il résume la Bête, le faux prophète et Babylone comme les trois agents de l’attaque de Satan dans le monde, notamment « la persécution, la religion, et la séduction, anti-chrétiennes ».

On peut interpréter la Bête comme étant l’empire Romain à l’époque de Jean, et les empires impies suivants, qui culminent dans l’empire suprême de l’Antéchrist. Le message de cette section est que la Bête détient le pouvoir pour vaincre les saints, les seuls qui refusent d’adorer la Bête, grâce à leur endurance et fidélité. Vu le fait qu’elle tue les deux témoins à la fin de leur témoignage, c’est à dire, elle faire taire le témoin de l’église (11 :7) et du fait que « la Bête qui était et n’est plus, elle-même fait le huitième (roi) » la Bête est l’Antéchrist à la fin de l’âge.

Elle fait partie des sept rois, ce qui indique qu’elle appartient à une lignée de régimes tyranniques qui persécutent les saints. Voir 1Jn 2 :18 « Vous avez ouï dire que l’Antéchrist doit venir ; et déjà maintenant beaucoup d’Antéchrists sont survenus : à quoi nous reconnaissons que la dernière heure est là ». Cinq des sept rois sont tombés, l’un est, l’autre sera , mais lorsqu’il sera, il ne restera qu’un court moment. Tandis que l’homme impie n’est pas encore révélé, le mystère de l’impiété est déjà à l’œuvre, 2Th 2 :3-6.

Les références principales des autorités humains du NT se trouvent dans Mt 22 :17-21 (c.f. Mc 12 :14, Lc 20 :22), Rm 13 :1-7 et 1P 2 :13-17. On doit noter que la réponse de Jésus à la question de taxes dues à César est répétée dans chacune des évangiles synoptiques, Mt 22 :17 etc. Il maintenait le principe que l’on devrait « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». L’attitude de Jésus concernant la violence est illustrée lorsque Pierre coupe l’oreille d’un serviteur du grand prêtre, Jésus dit « Rengaine ton glaive ; car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive ... »(Mt 26 :52). Paul constate que les autorités qui gouvernent ont reçu leur pouvoir de Dieu et sont mis en place par Dieu, donc en se montant contre eux on se monte contre Dieu. Les autorités sont les représentants de Dieu pour punir les malfaiteurs, et les chrétiens doivent se soumettre à leur autorité. Paul écrit à ses lecteurs « Rendez à chacun ce qui lui est dû : à qui l’impôt, l’impôt ; à qui les taxes, les taxes ; à qui la crainte, la crainte ; à qui l’honneur, l’honneur. » (Rm 13 :7). Paul pensait, sans aucun doute, aux autorités romaines. Pierre encourage ses lecteurs à se soumettre, pour le Seigneur, à toute autorité instaurée par l’homme : «  Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute institution humaine : soit au roi, comme souverain, soit aux gouverneurs, comme envoyés par lui pour punir ceux qui font le mal et féliciter ceux qui font le bien. Car c’est la volonté de Dieu qu’en faisant le bien vous fermiez la bouche à l’ignorance des insensés. Agissez en hommes libres, non pas en hommes qui font de la liberté un voile sur leur malice, mais en serviteurs de Dieu. Honorez tout le monde, aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi. » (1P 2 :13 -17). Il continue par écrire que l’on doit se soumettre à la souffrance injuste sans se plaindre, comme l’a fait Jésus.

Jésus, Paul et Pierre parlent surtout d’institutions humaines qui maintiennent la loi. Lorsque Paul fut traité injustement , il fit appel à César pour justice. Ces institutions sont nécessaires à cause de la nature corrompue de l’homme, sans loi et justice il y aurait de l’anarchie. Cependant ces autorités ne doivent pas prendre ce qui appartient à Dieu, c’est à dire l’adoration. C’est à cela que chapitre 13 fait allusion. Même, ici dans la Bible, on n’encourage pas la lutte civile contre les régimes tyranniques, on encourage plutôt l’obéissance et la crainte de Dieu même si cela signifie la mort.

On voit un exemple de cela dans les apôtres qui continuent à enseigner contre la volonté du grand prêtre et des Sadducéens, ils disent « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5 :29), lorsque l’on dit cela, il faut être prêt à accepter les conséquences. Il faut noter que les autorités avaient dépassé l’autorité qui leur venait de Dieu. Si l’empereur ordonne l’adoration qui ne revient qu’à Dieu, alors on doit obéir à Dieu plutôt qu’à l’empereur même si cela implique la mort. L’autorité de l’empereur s’il ordonne l’adoration, ne vient pas de Dieu (exemples de l’AT où on s’oppose à un tel ordre sont : Shadrak, Meshak et Abed Nego, Dn 3). L’endurance et la fidélité de la part des saints sont nécessaires, plutôt que la revanche. La vengeance n’appartient qu’à Dieu. Enfin, pendant son serment sur le Mont Sion, Jésus bénit ceux qui sont persécutés pour la justice et pour Lui (Mt 5 :10-11) ; la justice et Jésus s’opposent à la violence contre l’état. Jésus nous dicte l’attitude extrême que l’on doit prendre dans Mt 5 :44 lorsqu’il dit « Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs ». Paul dit « Bénissez ceux qui vous persécutent ; bénissez, ne maudissez pas » (Rm 12 :14).

v1 - Alors je vis surgir de la mer une Bête - Ce verset est une continuation de 12 :17 lorsque le Dragon s’en alla guerroyer contre le reste de ses enfants, c’est à dire, l’église. Dans 12 :12, Malheur est déclaré à la terre et la mer car le Diable est descendu chez vous. Ici c’est approprié que l’on voit le dragon debout sur la grève de la mer (la frontière entre terre et mer) à regarder la première Bête qui surgit de la mer. Plus loin, la deuxième Bête surgit de la terre. Ce qui est décrit ici est, comment le dragon mène son combat contre l’église avec ses deux alliés. Le mot employé pour la Bête (therion) signifie que c’est un animal complètement sauvage, des exemples d’autres animaux sauvages sont donnés dans verset 2 : une panthère, un ours, un lion. On retrouve le même mot en grec pour parler des bêtes dans le quatrième sceau : «Alors, on leur donna pouvoir sur le quart de la terre, pour exterminer par l’épée, par la faim, par la peste, et par les fauves de la terre », (6 :8). La femme monte sur la même Bête (17 :3). La Bête surgit de la mer : la mer signifie des races, peuples, nations et langues, Ap 17 :15 et Is 17 :12, c’est à dire les groupes du monde ; Egypte, Assyrien, Babylone, Medo Perse, Grèce, Rome. Dieu décrit ces empires comme des empire bestiaux.

La Bête est la même que celle qui sort de l’Abîme ; abîme signifie les grands profondeurs, et on le trouve déjà dans Ap 11 :7 lorsque la Bête tue les deux témoins. L’imagerie de la Bête de la mer vient de Dn 7 :2. Jack Deere, dans son livre, « Surprised at the voice of God » (Kingway 1996) fait un commentaire sur les rêves de Daniel : Le symbolisme dans les rêves révèle souvent la perspective de Dieu. Par exemple, lorsque le roi païen Nabuchodonosor rêva du monde des empires, il vit les empires successives sous forme de magnifique statue. Cependant, lorsque Daniel fit un rêve au sujet de ces mêmes empires, il les vit sous forme de bêtes. Le rêve de Nabuchodonosor représente le point de vue du monde des empires humains, tandis que Daniel représente la perspective divine. 

v1 - ayant sept têtes et dix cornes, sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des titres blasphématoires. - La description de la Bête ressemble à celle du dragon (Ap 12 :3  - un énorme Dragon rouge-feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d’un diadème). La Bête ressemble au Dragon, comme le Christ est l’image du Père. Les dix cornes signifient une grande puissance. Les sept têtes signifient une multiplicité (difficile à tuer) et pourrait symboliser des incarnations de rois ou de royaumes. Les couronnes (diademata) représentent l’autorité royale. Les dix cornes font penser à la quatrième bête de Daniel, qui avait dix cornes qui sont dix rois, Dn 7 :24. Les dix couronnes sur ses cornes sont des couronnes royales (diadema) comme portées par le Dragon (12 :3) et le Christ (19 :12). Les dix cornes sont les dix rois, Ap 17 :12. Les chiffres dix et sept doivent être interprétés symboliquement et signifient l’état complet. On trouve mention de la Bête dans Ap 17 :3 et décrit en plus de détails dans Ap 17 :7. Les dix cornes sont dix rois dans Ap 17 :12. Les sept têtes sont sept collines, les collines de Rome à l’époque de Jean, et également sept rois, Ap 17 :9. On peut contraster la Bête avec l’Agneau. La Bête est l’incarnation du Diable. On doit la considérer comme une personne, une personne avec un royaume et des serviteurs pour faire sa volonté.

v1 - et sur ses têtes des titres blasphématoires. - Les titres blasphématoire sur ses têtes indiquent son caractère : fier, arrogant, qui déteste Dieu, indépendant des gouvernements humains, et provocante devant Dieu. Elle se met à son avantage peu importe le prix, pour augmenter son pouvoir et ses richesses. Comparez ses titres blasphématoires avec le nom de la prostituée « Babylone la Grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre » (17 :5). Comparez également aux saints qui sont marqués du nom de l’Agneau et du Père (14 :1). Certains empereurs romains ordonnaient qu’on les adorent, cela est clairement blasphématoire. Les empereurs romains prenaient des titres divins comme « divus » ou « sebastos ». Souvent on leur donnaient même le nom de Dieu ou Fils de Dieu. Néron, sur ses pièces de monnaie, se faisait appeler « Le Sauveur du Monde ». Un homme qui se nomme divin commet le blasphème. Les derniers empereurs prenaient leur titres du latin « dominus » ou l’équivalent grec « kurious » : les deux signifient « seigneur » et dans l’AT sont le titre de Dieu tandis qu’ils sont le titre de Jésus Christ dans le NT (Barclay). Dans Daniel la corne parlait avec orgueil : Dn 7 :8, 7 :11, 7 :20, 7 :25.

v2 - La Bête que je vis ressemblait à un panthère, avec les pattes comme celles d’un ours et la gueule comme une gueule de lion. - La Bête est hideuse à côté de l’Agneau. Cette Bête nous rappelle les trois premières bêtes de Daniel 7. Daniel voit quatre bêtes :lion ;ours ; léopard ; et une quatrième bête avec des dents de fer et dix cornes. Les bêtes dans la vision de Daniel sont confondues dans cette vision. L’interpretation des bêtes de Daniel est qu’elles sont des royaumes sur la terre, des pouvoirs politiques (Dn 7 :16-18). Elles représentent les empires de Babylone, Medo-Perse, Grèce et Rome (Gleason). Elles parallelent la statue de Dn 2 où la tête en or représente Nabuchodonosor et l’empire Babylonien, la poitrine et les bras en argent sont l’empire Medo-Perse à partir de Cyrus le Grand, le ventre et les cuisses en bronze symbolisent l’empire Greco-Macédonien d’Alexandre le Grand, les jambes en fer symbolisent l’empire Romain. Les pieds et les orteils sont en argile et fer. La fragilité de l’argile signifie que le pouvoir de durera pas. La pierre qui touche et brise la statue est le royaume de Dieu, qui mettra fin aux autres royaumes mais, lui, sera éternelle, Dn 2 :44 c.f. le sceptre en fer de Ap 2 :27, 12 :5, 19 :15 (Gleason). Regardez la description remarquable du Pharaon, roi d’Egypte de Ez 32 :2 : « Lionceau des nations ,te voilà anéanti ! Tu étais comme un crocodile dans les mers ... ».

Des supers puissances politiques viennent des peuples, races, nations et langues, par exemple Rome, la Russie et la Chine. Les bêtes ont les mêmes caractéristiques que les nations qu’elles décrivent. Par exemple, on surnomme la Russie, le grand ours. Dans Ap 17 :11, la Bête est décrite comme étant le huitième roi, alors le roi et son royaume sont interchangeable. Si l’on pense aux grand dictateurs, comme Stalin, Mao ou Hitler cela ne devrait pas nous surprendre. On peut également voit la Bête comme l’empire ou l’empereur. Jean voit certainement la Bête comme l’empereur romain plus loin dans Ap 17, mais encore une fois, l’empereur et l’empire sont interchangeable. Pour la dernière génération, la Bête est l’Antéchrist. La petite corne de la quatrième bête (Dn 7 :8) qui mène les nations de la terre contre Christ est ses armées, 19 :19, est détruite et jetée au feu (Dn 7 :11). Dn 7 :13 fait une nette allusion au second avènement du Christ. Notez que la petite corne est l’Antéchrist et la quatrième bête, son royaume. Caird constate que Nabuchodonosor est transformé en bête pour le punir de son idolâtrie : «  il fut chassé d’entre les hommes ; comme les bœufs, il mangea de l’herbe, son corps fut baigné de la rosée du ciel, et ses cheveux poussèrent comme des plumes d’aigle et ses ongles comme des griffes d’oiseau » (Dn 4 :30). Il fut transformé en homme après avoir reconnu le souveraineté de Dieu.

v2 - et le Dragon lui transmit sa puissance et son trône et un pouvoir immense. - La Bête est l’instrument de Satan, de qui il tient son pouvoir, trône et autorité. Le dragon lui donna sa puissance (dunamis) pour exercer son pouvoir (exousia). Dans verset 7, elle exerce son pouvoir pour guerroyer contre les saints et les vaincre. Le dragon donna ce même pouvoir à la Bête de la terre pour accomplir des miracles afin de tromper les habitants de la terre et donner le souffle de vie à l’image de la première Bête (13 :13-15). Le mot grec pour trône est le même que celui employé pour parler du trône de Dieu (thronos) et pour parler du trône de Satan dans 2 :13 (traduit dans la version KJV comme « siège » (voir aussi le trône de la Bête de 16 :10). Verset 4 on voit que les hommes adorent le dragon parce qu’il a donné pouvoir à la Bête ; verset 5, la Bête exerce ce pouvoir pendant quarante-deux mois ; verset 7, on lui donna pouvoir sur chaque tribu, peuple, langue et nation, c’est à dire tous les peuples du monde, le royaume de Satan. Verset 12, on voit la Bête de la terre qui exerce le même pouvoir de la première Bête, en son nom.

Satan reçoit le titre de prince de ce monde, à trois reprises dans l’évangile de Jean, Jn 12 :31, 14 :30, 16 :11 et, dans Mt 4 :8-9 les royaumes du monde lui appartiennent lorsqu’il les offre à Jésus si ce dernier est prêt à se prosterner devant lui. Dans 1Jn 5 :19, on nous dit que le monde est sous le pouvoir du Mauvais. Dans cette partie, on voit comment Satan contrôle le monde grâce à la Bête.

La troisième bête de Daniel reçut le pouvoir de régner, Dn 7 :6. Le diable se sert des gens et des pouvoirs politiques pour accomplir sa mission sur la terre, de la même manière que Dieu se sert de l’église. Dieu et le Diable sont opposés diamétralement. Tandis que c’est la Bête qui persécute, elle le fait au nom du diable (2 :10) : « le Diable va jeter les vôtres en prison pour vous tenter ». La Bête accepte l’offre satanique, tandis que Jésus le refuse, Mt 4 :8, (Pawson). Le dragon s’en va guerroyer contre les saints et se tient sur la grève de la mer pour observer la Bête sortir de la mer, son instrument de guerre (12 :17).

v3 - L’une de ses têtes paraissait blessée à mort, mais sa plaie mortelle fut guérie ; - La plaie mortelle guérie est une parodie de « l’Agneau, comme égorgé » de 5 :6. Dans verset 14, on voit l’épée qui a causé la plaie. La plaie signifie la mort et la résurrection, c’est à dire une civilisation tombe et une autre se met à sa place. Elle pourrait également faire allusion au jugement de Satan sur la croix, l’accomplissement de Gn 3 :15 où « il (Jésus) t’écrasera la tête », Satan reçut un coup mortel à la croix, (Jn 12 :31, 16 :11, Col 2 :15) le coup de grâce sera donné au second avènement, voir Ap 20 :10. Physiquement, la Bête ressemble à Satan, regardez 12 :3 et 13 :1. Rappelons-nous que Satan fut jeté du ciel et jeté sur la terre (12 :7-9) sans doute comme résultat de la victoire de Christ sur la croix. La plaie peut également faire allusion au mythe de Néron, qui était connu à l’époque de Jean. Le mythe va ainsi : Néron s’est suicidé mais Domitien prit le pouvoir après et partageait les même caractéristiques que Néron. Néron fut tellement mauvais que beaucoup ne croyaient pas que la mort apporterait sa fin. On s’attendait à ce qu’il renaisse (Morris).

v3 - alors, émerveillée, la terre entière suivit la Bête. - On doit comparer les disciples de la Bête avec la foule de 144,000, qui sont marqués au front du nom de l’Agneau et du Père. Les 144,000 suivent l’Agneau partout où il va (14 :1-4). « la terre entière » fait référence à ceux qui ne sont pas des saints. Dans 17 :8 on voit la cause de leur émerveillement lorsqu’ils voient la Bête qui était, n’est plus et reparaîtra.

v4 - On se prosterna devant le Dragon, parce qu’il avait remis le pouvoir à la Bête ; et l’on se prosterna devant la Bête - Ce pouvoir politique dépasse l’autorité légitime qui vient de Dieu car l’adoration qui est dû à Dieu, est donnée à la Bête. Cela va à l’encontre des deux premiers commandements (Ex 20 :3-5). La forme de l’adoration n’est pas précisée et pourrait simplement représenter un refus de permettre au peuple d’adorer Dieu. A chaque fois que l’état s’occupe de la question du droit de l’adoration, il dépasse son autorité légitime, voir Rm 13 :1-7. Notez que pour Jean, l’adoration de la Bête égale l’adoration du Dragon, donc l’adoration de l’empereur égale l’adoration de Satan. Cela serait le cas avec l’empire romain, qui permettait la vénération de l’empereur, surtout pendant les règnes de Néron et Domitien. En se prosternant devant Satan, les hommes font ce que Jésus, lui-même, a refusé de faire dans le désert (Mt 4 :8-10). Jésus cita Dt 6 :13 au diable : « C’est Yahvé ton Dieu que tu craindras, lui que tu serviras ». Qui doit-on adorer, est un des thèmes clefs de l’APOCALYPSE, voir 4 :10, 5 :14, 7 :11, 9 :20, 14 :7, 14 :9, 19 :10, 22 :9. Ceux qui vénèrent la Bête sont tous les habitants de la terre dont le nom n’est pas inscrit dans le livre de vie de l’Agneau, verset 8. Preston et Hanson, cités par Mounce, notent que l’on oblige l’homme à adorer un pouvoir absolu et il finira par donner allégeance soit à la Bête (qui a le pouvoir d’infliger la souffrance) soit à l’Agneau (qui a le pouvoir d’accepter la souffrance). Dans Lc 20 :25, Jésus dit « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Il est normal de payer les taxes à César et de l’honorer, mais on doit adorer Dieu seul. Dès l’instant ou César ordonne notre vénération, il se transforme en bête. Hailey constate qu’en rendant hommage à l’empereur, le monde vénérait celui qui avait donné pouvoir à l’empire romain. En adorant le Christ, à qui Dieu donna son pouvoir, les chrétiens adorent Dieu qui envoya le Christ et donna sa bénédiction grâce à son Fils. Alors, en adorant la Bête, on adore Satan, qui a donné son pouvoir à la Bête. En acceptant cette adoration comme son dû, la Bête nie le fait que Jésus est le Christ et, ainsi, la Bête devient l’Antéchrist (Jn 4 :1-3).

On doit comprendre que le fait d’adorer la Bête implique une obéissance, voir la définition de Paul de l’adoration spirituelle, Rm 12 :1, où on doit offrir nos corps comme sacrifice vivant à Dieu. Dans 13 :16, on voit ceux qui reçoivent le marque de la Bête sur la main droite ( ce qui signifie leurs actions) et sur le front (ce qui signifie leurs pensées) - alors ceux qui adorent ou suivent la Bête, le font par leur gestes et leurs pensées.

v4 - en disant : « Qui égale la Bête, et qui peut lutter contre elle ? » - Ceci est une parodie du verset de l’AT de Ps 35 :10 : « Yahvé, qui est comme toi » ; Ps 71 :19 : « ô Dieu, qui est comme toi ? » et Ex 15 :11 : « Qui est comme toi parmi les dieux, Yahvé ? ». Les louanges de la Bête sont une parodie des louanges pour Dieu. Le pouvoir de la Bête est réel « qui peut lutter contre lui ? » La réponse à cette question se trouve plus loin dans Ap 19 :19-20 lorsque la Bête et les rois de la terre mènent campagne contre le cavalier sur le cheval blanc, qui est le Roi des roi et le Seigneur des seigneurs, mais la Bête est capturée et jetée dans le lac de feu et de soufre. Mounce constate que les motivations pour l’adoration n’est pas la grandeur morale mais sa puissance immense. Comparez cela avec « qui peut tenir ?» contre la colère de l’Agneau de 6 :17. La réponse se trouve dans 19 :19. Seul le Christ peut lutter contre la Bête, l’église, elle, n’y arrivera pas.

v5 - On lui donna de proférer des paroles d’orgueil et de blasphème ; on lui donna pouvoir d’agir durant quarante-deux mois ; - Les paroles d’orgueil et de blasphèment nous rappelle la petite corne de Daniel, qui avait des yeux comme des yeux d’homme et une bouche qui disait de grandes choses (Dn 7 :8, 20, 25 voir également Ap 11 :36). La phrase « lui donna pouvoir d’agir durant quarante-deux mois » signifie des limites divines. Quarante-deux mois est le temps qui reste avant l’arrivée du Christ, voir commentaire sur Ap 11 :2. Certains commentaires interprètent les quarante-deux mois comme trois ans et demi qui correspondent à la seconde moitié de la semaine de Daniel, Dn 9 :27.

v6 - alors elle se mit à proférer des blasphèmes contre Dieu, à blasphémer son nom et sa demeure, ceux qui demeurent au ciel. - Dans verset 1, la Bête avait sept têtes, ... et chaque tête couverte de nom blasphématoire, on la retrouve dans 17 :3. Elle est l’anti-Dieu, impie et mauvaise. Tel est l’attitude du monde exprimée par l’Antéchrist qui se proclame Dieu, 2Th 2 :4. La Bête suit son maître, le Diable (diabolos) qui médit le peuple de Dieu, c.f. 2 :9. On trouve mention du diable (diabolos) quatre fois dans l’APOCALYPSE. La Bête ressemble au roi du nord de Dn 11 :36, qui sera exalté par dessus tous les dieux et qui dira des choses étonnantes contre le Dieu des dieux. Ce blasphème est le résultat des souverains qui ont le pouvoir absolu. Ceux qui vivent au ciel peuvent être considérés comme l’église qui vit au ciel (Ph 3 :20, Ep 2 :6). Hérod est une sorte d’Antéchrist, Ac 12 :21, comme Nabuchodonosor (Dn 4 :32). Comparez les blasphèmes ici avec les serviteurs de Dieu qui « craignent ton nom ».

v7 - On lui donna de mener campagne contre les saints et de les vaincre ; on lui donna pouvoir sur toute race, peuple, langue ou nation. - Dans Dn 7 :21, c’est la petite corne de la quatrième bête qui guerroie contre les saints et les vainc. On donna à la troisième bête de Daniel pouvoir de régner (Dn 7 :6). Nous avons déjà vu trois avertissements de la persécution : Ap 2 :10, l’église de Smyrne est mise en garde contre le diable qui jettera les gens en prison où certains mourront ; Ap 6 :9, dans le cinquième sceau, Jean voit les âmes de ceux qui furent égorgés pour la parole de Dieu et le témoignage de Jésus ; Ap 11 :7, les deux témoins, c’est à dire l’église, sont attaqués par la Bête de l’Abîme après leur témoignage. Ce verset contient une mise en garde précise aux saints que « On lui donna de mener campagne contre les saints et de les vaincre », et verset 10 nécessite « l’endurance et la confiance des saints ». Notez les paroles « On lui donna pouvoir ... » une partie du message de ce livre est que, malgré le pouvoir donné à la Bête, Dieu est toujours à sa place sur son trône et contrôle tout. On aura l’impression que la Bête ait vaincu les saints, mais en réalité, elle donne la victoire aux saints et ils triomphent sur la Bête et son image. Les vainqueurs chantent la cantique de Moïse et de l’Agneau dans 15 :2-4, voir également 12 :11. Notez que les deux témoins revivent, 11 :11.

Tout comme le monde crie « Crucifiez-le » aussi le monde haïra et persécutera les saints. Si on a persécuté Jésus, on persécutera les saints (Jn 15 :20). Les juifs donnent allégeance à César à la crucifixion de Jésus (« Nous n’avons de roi que César », Jn 19 :15), et le monde donnera allégeance à la Bête et persécutera les saints. Bien sûr, derrière la Bête se trouve le Dragon qui mène campagne contre les saints, 12 :17. Notez la description en quatre (tribus, peuples, langue et nation) qui indique que le pouvoir de la Bête s’étend aux quatre coins de la terre. Le royaume de la Bête est un royaume mondial. La Bête œuvre de paire avec la prostituée (Rome ou Babylone) qui monte sur son dos et qui est saoule du sang des saints, 17 :6. Pourtant la Bête mènera campagne contre l’Agneau et sera vaincue, 17 :14, 19 :19-20. Ici, et dans les versets suivants, la Bête est l’Antéchrist et dans un sens elle est « contre » le Christ.

Dans ce passage, également, on est averti que la Bête (des nations tyranniques) arrivera à vaincre les saints, les jeter en prison, et les tuer. Etre averti est être préparé. Donc, les saints ne doivent pas s’étonner lorsque leur persécuteurs les vainquent (par exemple la Russie et la Chine). Par contre, ils doivent montrer de l’endurance. Daniel (Dn 7 :21) et l’APOCALYPSE indiquent que les saints seront victorieux à la fin. Tout comme l’homme réussit à crucifier Jésus, ainsi, l’homme réussira à persécuter les saints. « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître . S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront » (Jn 15 :20). On doit se poser la question suivante : pourquoi Dieu accepte-t-il que son peuple souffre ainsi ? Caird donne la réponse que, permettre au mal de suivre son destin destructeur donne à l’homme une plus grande chance de se repentir. Les martyrs, comme la croix, est le prix à payer pour la patience divine (2P 3 :9).

v8 Et ils l’adoreront, tous les habitants de la terre dont le nom ne se trouve pas écrit, dès l’origine du monde, dans le livre de vie de l’Agneau égorgé. - Tout comme la Bête a pouvoir politique sur les habitants de la terre, elle a pouvoir réligieux, car tous ceux qui ne connaissent pas Dieu l’adoreront. « tous les habitants de la terre » englobe tout le monde , à part les saints qui sont inscrits dans le livre de vie de l’Agneau, adoreront la Bête (voir aussi 17 :8). La persuasion est tellement grande que tous les habitants de la terre sont dupés à adorer la Bête. Dans 2TH 2 :9-12, on voit que l’homme est trompé par l’homme impie et ses miracles et merveilles sataniques. Dieu, lui-même, leur envoie cette illusion pour qu’ils puissent croire en ce mensonge. Dieu le fait, car l’homme a refusé d’aimer la vérité et d’être sauvé, même après les avertissements des trompettes (9 :20-21). Seul, les noms du peuple de Dieu se trouvent dans le livre de vie de l’Agneau, Ap 21 :27. Pour plus de renseignements sur « le livre de la vie » voir Ps 69 :28, Ph 4 :3. L’Agneau fut égorgé avant la fondation du monde, car son destin fut décidé dans l’éternité passé. De la même façon, Dieu choisit ceux dans son livre de la vie bien avant la création de la terre, 1P 1 :20, 1Ep 1 :4. Vénération de la Bête de la mer est orchestré par la Bête de la terre, voir versets 12-15. Celle-ci se sert de signes et de merveilles et la menace de la mort pour faire en sorte que les habitants de la terre se prosternent devant la première Bête. On doit noter que dans 1P 2 :17, on nous dit de craindre Dieu et d’honorer les rois. On ne nous dit pas d’adorer le roi, l’adoration appartient à Dieu . Ceux qui connaissent leur Dieu garderont les deux premiers commandements et n’adoreront pas la Bête, Ex 20 :3-6. Il est louable que l’homme supporte la douleur de la souffrance injuste, comme l’a fait le Christ, 1P 2 :19-24.

v9 - Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! - Un mot solennel aux saints qui écoutent le verset suivant. C’est une répétition de la formule employée pour les sept églises, voir 2 :7. Les saints, dont les noms sont inscrits dans le livre de vie, n’adoreront pas la Bête, mais leur fidélité à Dieu aura des conséquences.

v10 - Les chaînes pour qui doit être enchaîné ; la mort par le glaive pour qui doit périr par le glaive ! - Ce verset souligne les conséquences pour ceux qui n’adorent pas la Bête, notamment l’emprisonnement et la mort. On trouve ces mêmes mots dans les paroles du Seigneur à Jérusalem, qu’il est sur le point de détruire à cause des péchés de son peuple, Jr 15 :2-3. Cela souligne l’inévitable de la persécution. Notez que l’emprisonnement et la mort sont deux formes de persécution promis à l’église de Smyrne (2 :10). Résister par le glaive serait inutile et ne serait pas un acte chrétien. Jésus donne une mise en garde dans Mt 26 :53. Ce verset suggère que l’emprisonnement et la mort sont inévitable aux mains de la Bête, et les saints en sont avertis. La mort par la persécution est le lot des saints. Dans 12 :11 les saints vainquent Satan « par le sang de l’Agneau et par la parole dont ils ont témoigné, car ils ont méprisé leur vie jusqu'à mourir ». Paul nous dit de combattre le mal avec le bien et de se soumettre aux autorités qui gouvernent, Rm 12 :21, 13 :1-7). Pierre en fait de même, 1P 2 :13, et il donne le Christ comme exemple de celui qui a souffert sans résistance car il se remettait à Dieu, 1P 2 :21-23.

v10 - Voilà qui fonde l’endurance et la confiance des saints. - Cela nécessite de l’endurance et la confiance de la part des saints car ils doivent se soumettre sans résistance à l’attaque de la Bête (Caird), exactement comme Jean s’est soumis à son exile sur l’île de Patmos (1 :9). On ne peut contrer un tort avec un autre, 1P 3 :9, Jésus ne riposte pas contre ses accusateurs, 1P 2 :23. Rappelons-nous la mise en garde de Jésus concernant la persécution de Lc 12 :4. On ne doit pas craindre celui qui peut tuer le corps et pas le reste, on doit craindre Dieu qui a le pouvoir sur la seconde mort. L’endurance et la confiance face à la souffrance est un des thèmes du livre et est essentiel de la part des saints. On retrouve d’autres références dans Ap 1 :9 et 14 :12. Voir également : « constants dans la tribulation », Rm 12 :12, également 2Cor 1 :6, Col 1 :11, Jc 5 :7-11. Dans 6 :9 et 20 :4, on voit les âmes des martyrs, fidèles jusqu'à la mort, égorgés à cause de leur obéissance à la parole de Dieu et le témoignage pour Jésus. Voir également Mt 5 :11-12 « Heureux êtes-vous quand on vous insultera ... » ; Mt 5 :38-39 « je vous dit de ne pas tenir tête au méchant ... » ; Mt 5 :43-48 « Aimez vos ennemis ». Jésus a pris sur lui l’injustice et il s’attend à ce que ses disciples suivent son exemple (1P 2 :21-23). On ne doit pas combattre le mal avec le mal, mais avec le bien (Rm 12 :17-21). Voir « The Cross of Jésus », Ch 7, Leon Morris, The Paternoster Press, 1994.

24. La Bête surgit de la terre (13 :11)

Ap 13 :11 Je vis ensuite surgir de la terre une autre Bête ; elle avait deux cornes comme un agneau, mais parlait comme un dragon. {12} Au service de la première Bête ; elle en établit partout le pouvoir, amenant la terre et ses habitants à adorer cette première Bête dont la plaie mortelle fut guérie. {13} Elle accomplit des prodiges étonnants : jusqu'à faire descendre, aux yeux de tous, le feu du ciel sur la terre ; 4{+ et, par les prodiges qu’il lui a été donné d’accomplir au service de la Bête, elle fourvoie les habitants de la terre, leur disant de dresser une image en l’honneur de cette Bête qui, frappée du glaive a repris vie. {15} On lui donna même d’animer l’image de la Bête pour la faire parler, et de faire en sorte que fussent mis à mort tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la Bête. {16} Par ses manoeuvres, tous, petits et grands, riches ou pauvres, libres et esclaves, se feront marquer sur la main droite ou sur le front, {17} et nul ne pourra rien acheter ni vendre s’il n’est marqué au nom de la Bête ou au chiffre de son nom.

13 :18 C’est ici qu’il faut de la finesse ! Que l’homme doué d’esprit calcule le chiffre de la Bête, c’est un chiffre d’homme : son chiffre, c’est 666.

Voici le deuxième acolyte du diable. La Bête de la terre est connue ailleurs comme le faux prophète et elle complète la trinité du Dragon, Bête et faux prophète. Si le Diable donne son pouvoir à la première Bête, et la deuxième Bête donne la gloire à la première, alors nous avons un faux Père, Fils et Saint Esprit. Si la première Bête représente les pouvoirs politiques, alors cette deuxième représente le pouvoir religieux. Plus loin, on l’appelle le faux prophète. Elle ressemble à un agneau mais parle comme le diable, elle est un faux Christ. Elle reçoit son autorité du pouvoir politique et œuvre pour obliger les habitants de la terre à adorer la première Bête. Elle accomplit des prodiges, et des miracles comme le fera l’Antéchrist. Cela pourrait représenter également des idéologies crées par l’homme tel que le Nazisme ou le Communisme. La Bête a le contrôle économique à l’intérieur de l’Etat ; on ne peut rien acheter ni vendre si on n’est pas marqué du nom de la Bête. Les saints ne sont pas marqués et souffrent en conséquence. Le chiffre de la Bête est 666. 6 est un chiffre d’homme, car l’homme fut crée le sixième jour. Donc 666 signifie une trinité de 6.

On voit les moyens divers de mener campagne contre l’église, grâce à la Bête de la terre :

  1. Elle ressemble au Christ (l’agneau) mais parle comme le dragon, c’est à dire elle propage des mensonges, elle est un faux prophète.
  2. Elle accomplit des prodiges et des miracles, qui trompent le monde, même les élus.
  3. Elle tue tous ceux qui refusent d’adorer l’image de la Bête.
  4. Elle oblige tout le monde à recevoir la marque de la Bête, sans quoi on ne peut ne vendre, ni acheter : ceci est une pression économique.

v11 - Je vis ensuite surgir de la terre une autre Bête ; - Le diable a été jeté sur la terre (12 :4) et le Malheur est proclamé sur la terre et la mer car le diable est, furieux, venu parmi nous (12 :12). La première Bête est sortie de la mer, la deuxième est sortie de la terre. Cela est très important, car cela pourrait signifier un homme (voir, un homme est venu de la terre, Gn 2 :7) ou appartenant à l’homme. Ceci est suggéré plus loin dans verset 18, le chiffre de la Bête est un chiffre d’homme. Il est 666. Six est le chiffre qui correspond à l’homme car Dieu créa l’homme le sixième jour. Six est la perfection moins un. Jc 3 :14-17 contraste la sagesse de la terre qui mène à l’envie et l’ambition égoïste, qui sont les sentiments terrestres et dignes du diable, à la sagesse qui vient du ciel. Ce dernier est pur, aime la paix, est prévenant, soumis, plein de miséricorde, impartial et sincère. Paul fait le contraste entre Adam, qui fut la poussière de la terre, et Jésus, qui vient du ciel (1Cor 15 :47-48 c.f. Jn 3 :31).

v11 - elle avait deux cornes comme un agneau, mais parlait comme un dragon. - Elle n’a pas l’air dangereuse, jusqu'à ce qu’elle ouvre la bouche pour propager les mensonges et la déception de Satan, comme le Dragon tenta de détruire l’église avec son fleuve de mensonges dans 12 :15. Elle ressemble à un agneau, c’est à dire le Christ, mais elle vient comme un loup déguisé en brebis, vraiment très féroce (Mt 7 :15). Cet agneau diffère de celui qui fut égorgé (Ap 5 :6). Elle a deux cornes, comme un agneau, le Christ en avait sept, mais elle ne fut pas égorgée, et elle parle comme un dragon. Les deux cornes représentent ses témoins, comparez cela avec les deux témoins qui sont les véritables prophètes de Dieu. La Bête est le faux Christ (Ap 5 :6) elle parle les paroles (les mensonges) du dragon, c’est à dire Satan. Cela indique une fausse religion et philosophie qui imitent la vraie religion. Elle oeuvre par la déception. Plus loin, on appelle la Bête de la terre, le faux prophète, 16 :13. Son but est de duper le monde et les saints, si elle peut, à accepter la marque de la Bête et à adorer son image (Ap 19 :20). Cela complète la trinité impie : le dragon, la Bête de la mer et la Bête de la terre (le faux prophète). Jésus nous met en garde contre les faux prophètes et les faux messie qui viendront avant la fin pour duper le monde (Mt 24 :4, 5,11,23,24). Cette Bête semble personnifier l’Antéchrist au sens de « au lieu du » Christ. Berkhof remarque que Daniel fait allusion à la nature politique de l’Antéchrist et Paul (2Th 2) fait allusion à sa nature religieuse. Ces deux aspects vont de paire dans l’APOCALYPSE (voir 5.5 L’Antéchrist de l’introduction).

v12 - Au service de la première Bête, elle en établit partout le pouvoir, amenant la terre et ses habitants à adorer cette première Bête dont la plaie mortelle fut guérie. - Il faut noter la progression de l’autorité, délégué d’abord du dragon à la Bête (13 :2) ensuite de la première Bête à la Bête de la terre. Même le dragon ne peut agir sans la permission de Dieu comme nous le montre Job. Chapitre 4 nous montre un Dieu qui contrôle tout et jugera le dragon. Le pouvoir de la première Bête s’étend dans le monde entier, verset 7. La deuxième Bête a l’appui de l’état, donc le diable. Elle a l’accord de la première Bête et agit à sa place. Cela indique une coalition de la religion et l’état. Johnson remarque que « au service de » peut être traduit par « devant ». Une personne qui se tient « devant » une autre est prête à la servir. En parlant des deux témoins, de 11 :4, on trouve la même préposition «  Ce sont les deux oliviers et les deux flambeaux qui se tiennent devant le Maître de la terre ». En tant qu’antithèse des deux témoins, les faux prophètes puisent leur autorité de la première Bête. Notez les deux cornes de cette Bête, que l’on pourrait comparer aux deux témoins. Le faux prophète contre le vrai prophète de Dieu.

La Bête a pour but d’obliger les habitants de la terre à adorer la première Bête verset 15, elle a un rôle de prédicateur (c.f. Dt 10 :8, 2Chr 29 :11 , Jr 33 :18, Ez 44 :15). Un vrai prophète encourage le peuple à adorer Dieu mais le faux prophète rend l’adoration obligatoire. Tout comme Jésus reçut son pouvoir du Père, alors la deuxième Bête reçoit son pouvoir de la première Bête. Elle veut obliger le monde à vénérer la première Bête et ne pas respecter les deux premiers commandements (Ex 20 :3-5). Elle se sert de prodiges, verset 13, et de fourvoierie, verset 14. Elle symbolise le pouvoir religieux de la fausse religion ou fausse philosophie.

Pensez au Communisme : c’est une philosophie qui soutient les puissances mondiales comme la Russie et la Chine, ou la Bête est l’Etat. L’homme a remplacé le Créateur Dieu par des théories de l’évolution afin d’expliquer la création du monde. Si l’homme rejette la philosophie chrétienne, il doit la remplacer par quelques chose. Ceux sont des prototypes de religion du monde final qui culminent tous en une religion qui accepte l’adoration de l’Antéchrist. Ils se prosternent devant la première Bête et lui donne obéissance, donc ils donnent obéissance à Satan. Quant à la plaie mortelle qui fut guérie, voir verset 3, elle était dû à un glaive, verset14.

v13 - Elle accomplit des prodiges étonnants : - Dans Dt 13 :1 le peuple de Dieu est mis en garde contre les prophètes qui accomplissent des miracles s’ils encouragent également le peuple de vénérer d’autres dieux. Cela ne veut pas dire que tous les prodiges et miracles sont mal. En effet, l’église, dans son rôle des deux témoins, accomplit des prodiges, 11 :6. L’église accomplit des vrais miracles et le faux prophète accomplit des semblants de prodiges. Cela rappelle les magiciens Egyptiens qui copiaient les trois premiers plaies, Ex 7 :10-12, 7 :22, 8 :7, mais étaient incapables de copier la quatrième plaie. Notez les prodiges étonnants, qui sont démoniaques et fausses, la Bête s’en sert pour duper le monde. Dans Ap 16 :13 et 19 :20 on l’appelle le faux prophète. L’homme impie accomplit aussi des miracles 2Th 2 :9 et on voit un commentaire solennel dans 2Th 2 :10-12, voir verset 8. La sorcellerie était courante à l’époque de Jean (Ac 8 :9). Mt 7 :22-23 montre que le fait de prophétiser et d’accomplir des prodiges n’était pas un preuve de chrétienté, car le Seigneur dit « écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité ». Le faux prophète est aussi une parodie du Saint Esprit et ses présents (1Cor 12 :7-11), ainsi, on voit une parodie de la trinité : Père, Fils et Saint Esprit contre Dragon, Bête de la mer et Faux Prophète.

v13 - jusqu'à faire descendre, aux yeux de tous, le feu du ciel sur la terre ; - La Bête est un faux prophète et la contrefaçon d’Elie, le vrai prophète qui a fait descendre le feu du ciel à deux reprises (1R 1 :10, 2R 18 :38). Elle est également en opposition aux deux témoins qui accomplissent des miracles, Ap 11 :5-6. Les deux témoins ont le pouvoir d’empêcher la pluie, comme Elie, et le feu sort de leurs bouches. La Bête est décrite ici comme une imitation de l’église. A chaque fois que l’église témoigne dans son pouvoir, la Bête le contrefait. Certains diraient que la Bête symbolise l’église apostate, représentée historiquement par l’église de Rome. Notez que la Bête est un personnage public, « aux yeux de tous » elle n’est pas cachée, comme Satan. Le feu ici est la contrefaçon du feu de Dieu qui descend du ciel et dévore tous ceux qui résistent à Dieu (20 :9).

v14 - et, par les prodiges qu’il lui a été donné d’accomplir au service de la Bête, elle fourvoie les habitants de la terre, - Dans Ap 19 :20 on l’appelle le faux prophète et on fait allusion à ses prodiges. Le faux prophète est lié à la Bête et le Dragon dans Ap 16: 13. Voir également 13 :12 où elle exerce l’autorité de la première Bête. Elle œuvre grâce à la déception. Voir l’avertissement du Christ dans Mt 24 :24 : « Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes, qui produiront de grands signes et des prodiges, au point d’abuser, s’il était possible, même les élus ». Voir également Mt 24 :4-5. On nous avertit de ne pas se laisser duper par ses miracles, même si le monde en est dupe. Voir la mise en garde de Paul, 2Th 2 :9 : « Sa venue à lui, l’Impie, aura été marquée, par l’influence de Satan, de toute espèce d’oeuvres de puissance, de signes et de prodiges mensongers, comme de toutes les tromperies du mal, à l’adresse de ceux qui sont voués à la perdition ». La Bête réussit car elle œuvre par la déception. Elle est une sorte d’Antéchrist qui emploie des signes et des prodiges mensongers. Elle fait le travail du diable pour  séduire le monde entier 12 :9. Notez encore la formule « qu’il lui a été donné » ce qui signifie la souveraineté de Dieu pardessus tout. Dans 2Th 2 :11, Dieu lui-même envoie une influence qui les égare pour qu’on croie le mensonge. La déception (planao) se trouve dans 2 :20 lorsque Jézabel égare les serviteurs de Dieu, dans 12 :9, 20 :3,8,10 et 18 :23 lorsque l’on accuse la prostituée d’avoir fourvoyé tous les peuples.

v14 - leur disant de dresser une image en l’honneur de cette Bête qui, frappée du glaive, a repris vie. - Dans 13 :4 on voit que les hommes adorent le dragon et la Bête, qui a reçu ses pouvoirs de ce premier. Dans 13 :8 on voit les habitants de la terre qui adoreront la Bête - tous ceux dont le nom ne figure pas dans le livre de vie de l’Agneau. Dans 13 :11 la Bête de la terre oblige les habitants de la terre à adorer la première Bête, ensuite elle accomplit des prodiges pour duper le monde. Maintenant, dans les derniers stades de l’idolâtrie, elle ordonne aux habitants de la terre de dresser une image (eikon) en honneur de la première Bête pour l’adorer (verset 15). Ceci va à l’encontre des deux premiers commandements (Ex 20 :3-6). Les hommes vénèrent l’image faite de leurs propres mains, voir 9 :20 comme tous les idolâtres (Lenski). Un des messages du livre est de nous faire comprendre que seul Dieu est digne de notre adoration. Le mot « image » (eikon) est employé dans le NT pour décrire l’image de la tête de l’empereur sur les pièces de monnaie (Mt 22 :20). Jésus est l’image du Père (1Cor 11 :7, Col 1 :15). Paul emploie le mot « image » pour décrire les icônes fabriquées par l’homme : « et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible contre une représentation, simple image d’hommes corruptibles, d’oiseaux, de quadrupèdes, de reptiles » (Rm 1 :23). Au lieu d’adorer l’Agneau qui fut égorgé (5 :12) et qui vit pour l’éternité (1 :18), ils adorent l’image de la Bête qui fut frappée du glaive et revit. On trouve la même idée exprimée dans la statue d’or de Nabuchodonosor, qui mesure soixante coudées de haut et six de large (Dn 3 :1). Notez la présence du chiffre six (la version NIV convertit la mesure en pieds, 90*9). Notez la coercion et le pouvoir. La Bête ordonne que l’on dresse une image de la première Bête. A l’époque de Jean, une image aurait pris la forme d’un buste ou statue de l’empereur. Dans beaucoup de pays, partout dans le monde, il est courant de trouver des images du chef de l’état accroché sur le lieu de travail.

On apprend un peu plus ici au sujet de la plaie mortelle qui fut guérie (Ap 13 :3,12) qui fut causée par le glaive. Le glaive (Gc machaira) ne symbolise pas la parole de Dieu que l’on trouve dans Ap 1 :16, 19 :15 (Gc rhompaia). Dans 19 :21, l’épée est employée pour tuer les rois de la terre et leurs armées, ici c’est le glaive qui a été utilisé pour infliger la plaie mortelle. On trouve le mot « glaive » souvent dans le NT : il fut employé par Pierre pour couper l’oreille de l’esclave (Jn 18 :10) ; le glaive de l’Esprit (Ep 6 :17), la parole de Dieu (He 4 :12), et ailleurs dans l’APOCALYPSE comme le glaive qui tua les martyrs (6 :4) et pour tuer les saints (13 :10).

v15 - On lui donna même d’animer l’image de la Bête pour la faire parler, et de faire en sorte que fussent mis à mort tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la Bête. - On lui donna pouvoir d’animer l’image, ceci est une contrefaçon de la création où Dieu donna vie à l’homme, sa façon de parler est la contrefaçon de la parole de Dieu (Hughes). Comparez cela au souffle de la vie lorsque Dieu ramena les deux témoins à la vie (11 :11). Au contraire de Baal (1R 18 :29), cette idole peut parler. C’est intéressant de constater que dans la description de Jean des idoles de 9 :20 il dit « incapables de voir, d’entendre ou de marcher », il ne dit pas, incapable de parler (c.f. Is 45 :20, Jr 10 :5, Ab 2 :18). On doit noter que le dragon est à l’origine de la voix, en déléguant son pouvoir à la Bête de la mer (13 :2), à la Bête de la terre (13 :12) et maintenant à l’image de la Bête. Tout comme Dieu dit la parole de la vérité, le Diable raconte des mensonges (12 :15), on donna à la Bête une bouche pour proférer des paroles d’orgueil et de blasphèmes (13 :5-6), la Bête de la terre parla comme le dragon (13 :11), des esprits mauvais sortent de la gueule du dragon, la Bête et le faux prophète (16 :13-14), ainsi des paroles sortent de la bouche de l’image de la Bête. Les paroles viennent des démons c.f. 16 :14, elles sont un prodige (13 :13). L’Agneau mène campagne avec la parole de Dieu, l’épée de l’esprit (1 :16, 2 :16, 19 :15,21), alors l’image profère des mensonges et la mort. Comme Nabuchodonosor, elle oblige les hommes à adorer l’image de la Bête, sous peine de mort. Ceux qui refusent d’adorer l’image sont dans le livre de vie de l’Agneau (13 :8) et on les voit plus loin au ciel, victorieux sur la Bête et son image (15 :2).

Considérez des fausses religions (Hindouisme, Islam, etc.) ou des philosophies tel que le communisme, c’est cela qui donne pouvoir à, et soutient l’état. Si l’on prend Mao comme modèle pour la Bête, alors la partie est son ministère de propagande (le faux prophète) et son image seraient tous les portraits de Mao partout en Chine. Cependant il faut noter que Mao n’avait pas un pouvoir mondial. Il est peut-être démodé de le dire, mais une fausse religion s’appliquerait également à l’église catholique avant la réformation, qui a son siège à Rome. Considérez les titres papaux comme « Saint Père », ou l’infaillibilité du pape, car seul Dieu est sans failles.

v15 - et de faire en sorte que fussent mis à mort tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la Bête. - L’adoration et l’idolâtrie sont à nouveau le sujet ici. Ce verset nous rappelle l’histoire dans le livre de Daniel de Shadrak, Meshak et Abed Nego, Dn 3 :5-6, où l’on dit « Quant à celui qui ne se prosternera ni ne fera adoration, il sera incontinent jeté dans la fournaise de feu ardent. » (Dn 3 :6). Cela donne un indice quant à l’identité de la Bête, dans ce cas précis, c’est Nabuchodonosor, un chef mondial qui régna sur la grande cité de Babylone. La description de Nabuchodonosor de Dn 4 :19 va ainsi : « c’est toi, ô roi , qui es devenu grand et puissant, et ta grandeur a augmenté et a atteint jusqu’au ciel, et ton empire jusqu’aux confins de la terre. » Dn 3 :7 indique que « se prosternèrent tous les peuples, nations et langues, faisant adoration à la statue d’or », une statue que Nabuchodonosor avait fait élevée sous peine de mort. De la part des saints, on s’attend au même courage que Shadrak, Meshak et Abed Nego qui dirent : « si notre Dieu, celui que nous servons, est capable de nous délivrer de la fournaise de feu ardent, et de ta main, ô roi, il nous délivrera ; et s’il ne le fait pas, sache ô roi, que nous ne servirons pas ton dieu, ni n’adorerons la statue d’or que tu as élevée » (Dn 3 :17-18). Le feu de Nabuchodonosor est de courte durée, mais le feu de Dieu est éternel. Ceux qui adorent l’image de la Bête pour s’échapper à la fournaise de l’homme finiront dans la fournaise de Dieu (14 :9-11, 20 :15, 21 :8). Christ ne les sauvera pas de ce monde, mais il les sauvera du lac de feu et de soufre, c’est à dire la seconde mort. Un chrétien qui refusa d’adorer César fut puni par la peine de mort. Ici, la Bête oblige les hommes à la suivre dans l’idolâtrie, seuls ceux qui connaissent leur Dieu auront le courage de refuser (Dn 11 :32), et on trouve ceux qui sont vainqueurs sur la Bête et son image dans Ap 15 :2. Cela suggère que pour triompher sur la Bête il faut être un martyr (c.f. 12 :11). Refuser d’adorer l’image, avec la masse, demande de la constance de la part des saints (Ap 14 :12) et implique la mort et l’emprisonnement. Pourtant la pénalité pour adorer l’image est encore plus sévère, Ap 14 :9-11. On voit l’image de la Bête trois fois dans ce chapitre et à sept reprises ailleurs dans l’APOCALYPSE (Walvoord).

v16 - Par ses manoeuvres, tous, petits et grands, riches ou pauvres, libres et esclaves, se feront marquer sur la main droite ou sur le front, - En plus d’obliger tous à adorer l’image, elle les oblige à se faire marquer sur la main ou le front. Cette marque est visible, pas cachée. La Bête avait grand pouvoir sur toute classe sociale, notez les trois couplets , qui citent six groupes en tout : petits, grands, riches, pauvres, libres et esclaves. Comparez cette marque avec l’ordre de Dieu aux Israélites, Dt 6 :8 « tu les attacheras [les commandements] à ta main [ce qui signifie la force des actions] comme un signe, sur ton front [l’esprit] comme un bandeau ». C’est également une parodie de la délivrance de Dieu de la servitude en Egypte, mais c’est entrer dans une nouvelle servitude, voir Ex 13 :1-16 « Ce sera pour toi un signe sur ta main, un mémorial sur ton front, afin que la loi de Yahvé soit toujours dans ta bouche, car c’est à main forte que Yahvé t’a fait sortir d’Egypte » (Dt 13 :9). Les chrétiens ne reçoivent pas la marque (Ap 20 :4). Cette marque est une parodie de sceller les serviteurs de Dieu, Ap 7 :2, qui sont marqués, sur le front, du nom de l’Agneau et du Père, Ap 14 :1. Les élus de Dieu sont marqués sur le front pour échapper à la destruction qui s’abattra sur la terre, les disciples de la Bête échappent à sa colère contre l’église en portant sa marque (Mounce). Cette marque agit sur leurs actions (main) et leur pensée (front), elle sert à identifier ceux qui adorent la Bête.

Cette marque (Gc. charagma) est symbolique, comme la plupart de l’imagerie de Jean. Elle est une parodie du sceau, reçut par les enfants de Dieu, voir Ap 14 :1, ce deuxième n’est pas visible. Les caractéristiques de ceux marqués par la Bête sont décrites dans Ap 21 :8 et Ap 22 :15. Dans Rm 12 :1, ceux qui adorent la Bête sont ceux qui se modèlent sur le monde et ne renouvellent pas leur jugement, ils n’obéissent pas à la volonté de Dieu. La marque peut signifier : propriété, dévotion, accepter le pouvoir de la Bête. Tout comme la marque de Dieu distingue ceux qui sont à Lui, alors la marque de la Bête distingue ceux qui lui appartiennent. On marquait le bétail et les esclaves au fer rouge avec la marque du propriétaire. Jean pense peut-être aux marques ,de la crucifixion, sur les mains de Jésus, et sur son front à cause de la couronne d’épines lors de a crucifixion. Ceux qui reçoivent la marque de la Bête seront punis avec elle (Ap 14 :9-11, 19 :20). Que l’on adore la Bête et son image ou que l’on se fait marquer de son nom, c’est pareil (4 :11). Les saints, et ceux qui n’adorent pas la Bête, ne reçoivent pas sa marque (20 :4). Les saints adorent Dieu (11 :1) ; obéissent aux commandements de Dieu et Lui restent fidèles (14 :12).

Barclay fait les remarques suivantes concernant la marque : le mot pour la marque de la Bête est « charagma » et pourrait avoir comme origine plusieurs anciennes coutumes.

  1. On marquait au fer rouge les esclaves, mais en général seulement s’ils avaient tenté de s’échapper ou avaient commis une faute grave. Une telle marque s’appelait « stigma » on emploie toujours ce mot en anglais (et en français). Si telle est l’interpretation de la marque de la Bête , alors ceux marqués de son nom lui appartiennent. Notez, le mot pour serviteurs dans APOCALYPSE signifie esclaves [du Christ] donc, ceux marqués par la Bête sont ses serviteurs ou esclaves.
  2. Il se trouve que certains soldats se marquaient du nom de leur général, s’ils lui étaient vraiment dévoués. Cela correspond à la pratique de se faire tatouer du nom d’une personne chère. On pourrait alors interpréter la marque comme signe de dévouement de ceux qui adorent la Bête.
  3. A chaque transaction d’achat ou de vente, on apposait son sceau (charagma) qui portait le nom de l’empereur et la date. On pourrait alors interpréter la marque comme acceptant l’autorité de la Bête. Notez, cela signifie également le sceau de propriétaire.
  4. Les pièces de monnaie portaient la tête et une inscription de l’empereur pour montrer que l’argent lui appartenait. Si la marque de la Bête est interprétée de telle façon, alors ceux qui portent la marque de la Bête lui appartiennent.
  5. Lorsqu’un homme avait fait brûlé de l’encens en honneur de l’empereur, il recevait un certificat comme preuve. La marque de la Bête peut être le certificat de l’adoration que le chrétien obtenait seulement au prix de renier sa foi.

Il faut noter qu’il existe un lien très étroit entre la marque de la Bête et l’adoration de l’image (13 :15, qui est un acte d’idolâtrie c.f. 2 :14, 2 :20 , 9 :20, 21 :8, 22 :15, donc recevoir la marque de la Bête signifie être un idolâtre.

v17 - et nul ne pourra rien acheter ni vendre s’il n’est marqué au nom de la Bête ou au chiffre de son nom. - La deuxième Bête a non seulement un pouvoir réligieux (v15) elle a un pouvoir économique. Nul ne peut rien acheter ni vendre s’il n’est marqué au nom de la Bête. Il est important de noter que la monnaie de l’époque portait la tête de l’empereur (Mt 22 :19-21) et certains empereurs se donnaient des titres divins, tels Antiochus Epiphanes (Gleason) qui fut une sorte d ‘Antéchrist. Le chiffre de son nom fait sûrement allusion à une « gematria ». La punition pour l’adoration de la Bête est annoncée par le troisième ange dans Ap 14 :9-11, c’est le tourment éternel. La première coupe est déversée sur ceux qui portent la marque de la Bête et adorent son image. Ceux qui triomphent de la Bête et son image et le chiffre de son nom chanteront le cantique de Moïse et l’Agneau au ciel (15 :2). Ils régneront avec le Christ pendant mille ans (20 :4).

v18 - C’est ici qu’il faut de la finesse ! Que l’homme doué d’esprit calcule le chiffre de la Bête, c’est un chiffre d’homme : son chiffre, c’est 666. - Ici on nous prévient que l’on aura besoin de la finesse, comme on en a besoin pour interpréter les sept têtes de la Bête dans 17 :9. « Que l’homme doué d’esprit calcule le chiffre de la Bête » ! C’est à dire qu’il utilise son esprit (son intelligence). Dans les lettres aux sept églises, celui qui a des oreilles doit s’en servir (Lenski). « C’est un chiffre d’homme » signifie littéralement, le chiffre de l’homme. Notez, pourtant, dans la version grecque l’article défini est omis, donc la version du NIV est correcte en traduisant un chiffre d’homme (voir Hailey). Le chiffre de l’homme est six, car l’homme fut créé le sixième jour. Dans l’APOCALYPSE, le chiffre sept représente l’état complet, comme les sept jours de la semaine, car Dieu se reposa le septième jour de la création (Gn 2 :2).

Certains l’interprètent comme une devinette en forme de « gematria » où le chiffre représente les lettres du nom d’un homme, mais on ne l’a pas encore déchiffrée. L’interpretation la plus simple est de voir sept comme l’état complet, et six, l’état complet moins un, donc l’imperfection. Ainsi le chiffre 666 signifie une trinité d’imperfections, c’est la religion de l’homme. Néron, Domitien, Mao, Stalin et Hitler tombent dans la catégorie de la Bête. Toute église qui vit sous la persécution pourrait identifier sa propre Bête. Pour l’église qui ne connaît pas la persécution, il suffit d’attendre jusqu'à ce que la Bête lui soit révélée (2Th 2 :3-7). Peut être devrions-nous écouter les paroles de l’ange à Daniel (Dn 12 :9), « ces paroles sont closes et scellées jusqu’au temps de la Fin », alors nous serons capables d’identifier le dernier, et le plus grand, des Antéchrists, que Dieu tuera avec le souffle de sa bouche. Cependant, tous les saints doivent être capables d’interpréter les signes de l’époque et de comprendre les principes exposés dans le livre de l’APOCALYPSE. Lenski démontre que Jean n’écrit pas le chiffre en mots, mais en lettres grecques : ((( ;(=600 ;(60 ;(=6(chi_xi_stigma :G5516). C’est le chiffre 6, plus son multiple par 10, donc 60, et son multiples de 10*10 (l’état complet intensifié), notamment 600 - donc 666, à trois reprises un de moins que le 7 divin (c.f. les mesures de la statue de Nabuchodonosor 60*6, Dn 3 :1).

v18 - 666 - Il existe divers explications quant au chiffre, 666, que l’on ne peut facilement attribuer à une personne en particulière, sans essayer de contourner les faits historiques. Jean donne des principes qui s’appliquent à travers l’âge des évangiles, et non pas à un moment précis. Souvenons-nous, Jean voit l’histoire de l’humanité du point de vue céleste. Jean le précise dans son épître que « le » Antéchrist arrive, et d’autres sont déjà venus. On peut interpréter le chiffre symboliquement comme le chiffre de l’homme, une trinité de six, ou comme l’Antéchrist.

  1. Le chiffre 6 est le chiffre de l’homme, il signifie l’homme qui fut crée le sixième jour. 666 est la trinité. Il indique un homme qui accepte pour lui, l’adoration qui revient de droit à Dieu , comme l’Antéchrist, voir 2Th 2 :3-4, qui se proclame Dieu. Ceci s’est déjà produit à l’époque de Jean, lorsque Domitien s’est proclamé divin. Cela correspond également avec Mt 24 :11 et 24 :23-24, lorsque Jésus nous prévient qu’il y aura des faux Christs qui accomplissent des prodiges pour tromper les élus.
  2. Le chiffre 666 est une trinité (Satan, la Bête, le faux prophète) on peut le considérer comme représentant la religion de l’homme, ou sa philosophie, mais une religion qui n’égale pas la vraie religion révélée par Dieu. Les faits s’inclinent plus vers un homme, un souverain ou un empereur, cependant le faux prophète (un homme) propagera des fausses doctrines, résultant en une fausse religion ou une fausse philosophie. Ceux qui portent la marque de la Bête sont alors ceux qui suivent et croient en cette fausse religion. Prenant par exemple le Marxisme, le Confucianisme et le Bouddhisme qui n’égalent pas la vraie religion divine. Six est toujours un de moins que la perfection (sept), donc l’essence du péché. Milligan constate que Jean était sûrement au courant du Judaïsme perverti (la religion des hommes) de son époque qui fut responsable pour la crucifixion du Seigneur (Mc 7 :6-8).
  3. 666 peut également être une gematria » où les lettres de l’alphabet sont également employées comme chiffres, en hébreux ou en grec. Il y a eu plusieurs tentatives (la plupart sans sucés) traduisant le grec Néron Kaisar en hébreux, ce qui nous donne 666. L’idée est que Néron serait l’exemple de la Bête de la terre, et d’autres le succéderait, notamment Domitien. Le nom de Jésus en grec est 888, (10,8,200,70,400,200), si les lecteurs de Jean le savait, comme l’affirme Sweet, alors 666 signifierait que 666 soit la contrefaçon de Jésus, c’est à dire l’Antéchrist. Si Néron est le modèle, alors d’autres exemples modernes seraient Hitler (nazisme), Mao (communisme), Stalin (communisme) ; l’accomplissement finale est l’Antéchrist. Si a=100, b=101, c=102 etc. alors HITLER=666. Les six premiers numéraux romains I V X L C D font la totale de 666. JB Smith, cité par Walvoord, dit « Tous les chiffres de 1 à 36 font la totale de 666. Le mot Bête (dans le sens du mal) apparaît exactement 36 fois (6*6) dans l’APOCALYPSE ». Mounce ajoute que tous les chiffres de 1 à 8 font la totale de 36, et 8 est le chiffre de l’Antéchrist car il fut le huitième roi (17 :11). Le problème majeur avec les « gematrias » est que le chiffre 666 peut déboucher sur beaucoup de noms. Certains textes ont même changé le chiffre à 616 pour trouver le nom Néron César en latin ou Gaios Kaisar (Caligula) en grec, voir Sweet. Si l’on accepte le chiffre de Jésus comme 888, cela correspond à la création en sept jours, car le huitième jour fut le premier jour du nouvel ordre. Les juifs croyaient que la création en sept jours correspondait à 7000 ans, d’après Ps 90 :4, où un jour équivaut à mille ans. Ainsi le sixième jour appartient à l’Antéchrist et le septième au millénaire. Le fait que l’Antéchrist soit le huitième roi indique qu’il est la contrefaçon du Christ (17 :11).
  4. Le chiffre symbolise la caractère de la Bête. Selon les juifs, six est un de moins que la perfection. Si on le triple, il représente une potence de mal qui n’aurait pas son égal (Milligan).

Est ce que l’APOCALYPSE suggère qu’il y aura une religion mondiale au moment où l’on révèle l’Antéchrist ? Ap 13 :7 suggère que la première Bête aura pouvoir sur « toute race, peuple, langue ou nation » cette description en quatre, indique les quatre coins de la terre. 13 :8 indique que tous les habitants de la terre adoreront la Bête, à l’exception des saints. La deuxième Bête exerce un contrôle religieux et économique sur le monde. Elle accomplit des prodiges qui dupent les habitants de la terre, 13 :14. Elle contraint les habitants de la terre à adorer la première Bête et son image, 13 :12,15. Elle oblige tous, de chaque classe sociale, de se faire marquer du nom de la Bête, sans lequel nul ne peut ni acheter ni vendre, 13 :16-17. Donc, en réponse à notre question, pendant le règne de l’Antéchrist, il y aura adoration mondiale pour le Bête et son image. Seuls les saints la résisteront jusqu'à la mort. Il faut noter, qu’aujourd’hui, avec la possibilité de voyager, les médias et le réseau mondial de communication, on met en place un milieu favorable à un royaume mondial où la Bête pourrait régner.

Il est très probable que bientôt chaque personne aura une marque, même invisible, pour les identifier et cette marque servira pour les transactions, est-ce cela la marque de la Bête ? D’abord cette marque ne s’appliquaient pas aux générations précédentes, pourtant il y en avait beaucoup qui suivait la Bête dans leur génération. Goldsworthy remarque que si l’on interprète littéralement la marque comme étant 666, chaque individu serait marqué du même chiffre. Cela servirait à identifier les membres d’un groupe, mais pas à distinguer les individus. D’un autre côté, les 144,000 de chapitres 7 et 14 ont la marque de Dieu sur le front, mais on l’interprète symboliquement. Cela signifie que nous sommes sauvés, marqués comme la possession de Dieu, notre Rédemption est assurée par la foi est scellée par l’esprit de Dieu. De la même manière, la marque de la Bête signifie une non-croyance et un rejet du Christ et ses évangiles (Goldsworthy). Il faut accepter que la marque doit être interpréter symboliquement et non pas littéralement.

Cependant, ce n’est pas parce que l’on croit identifier l’Antéchrist dans tel ou tel dictateur, que la Fin est bientôt avec nous. Pour que le second avènement soit accompli, on doit prêcher l’évangile à toutes les nations (Mt 24 :14). L’église ne doit pas se laisser aller à la spéculation quant à la nature de la marque de la Bête au prix d’oublier sa mission première, c’est à dire enseigner l’évangile. Les quatre évangiles se terminent par la grande commission (Mt 28 :18-20, Mc 16 :15-20, Lc 24 :46-49, Jn 20 :21-23) et Actes commence par la grande commission, Ac 1 :7-8. Les deux témoins continuent à prophétiser jusqu'à ce qu’ils soient tués par la Bête (11 :7).

Les deux Bêtes représentent à la fois le pouvoir politique et ecclésiastique de la Bête. Les pères fondateurs d’Amérique séparèrent l’église et l’état. Ils reconnurent qu’un amalgame entre l’église et l’état pourrait s’avérer dangereux pour l’équilibre sociale. Cette séparation avait pour but d’empêcher le contrôle de l’église par l’état et d’empêcher une influence religieuse sur le peuple dans les affaires de l’état. Ils reconnurent la distinction entre rendre à César ce qui est à César , et rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Dès l’instant où César exigeait ce qu’appartenait à Dieu, il est devenu une Bête. En Chine il existe une église officielle, sponsorisée par l’état, mais cela n’est pas souhaitable car les exigences du Christ sur son peuple, sont au-dessus des exigences de l’état. Lorsque l’empereur Constantin se déclara un chrétien, la persécution s’arrêta, mais l’église en a souffert. La persécution garde l’église pure, mais dès que l’église devient la religion officielle, elle devient faible et à la longue apostate. L’église apostate est devenue une partie de la structure politique de la Bête. Certains voient l’église apostate dans Babylone la Grande, Ch 17. L’église apostate est devenue tellement mondaine qu’elle est indissociable du monde.

Enfin, comment devrait-on réagir face aux Bêtes de la terre et de la mer. La Bête de la mer, qui représente la persécution, nécessite de la constance et endurance de la part de saints. La Bête de la terre, qui représente la déception, demande de la finesse, pour reconnaître la différence entre l’Agneau qui fut égorgé et l’Agneau qui parle comme le diable. 666 représente les oeuvres de l’homme, le mieux qu’il puisse faire, mais qui n’égale pas l’œuvre parfait et fini du Christ sur la croix.


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