Le cadre historique.

Hailey nous donne un compte rendu détaillé du cadre historique. Caird liste ces événements précis.

AD 60 : Tremblements de terre
AD 62 : Défaite de l’armée romaine de Parthian Vologeses sur la frontière de l’est.
AD 64 : Persécution des chrétiens par Néron suite à l’incendie de Rome
AD 68 : Suicide de Néron
AD 70 : Fin de la guerre de quatre ans entre les juifs et les romains. Jérusalem est en ruines.
AD 79 : L’éruption de Vésuve
AD 92 : Famine
AD 81-96 :Règne de Domitian, instaure vénération de l’empereur
AD 95 : L’écriture de l’APOCALYPSE

Les empereurs romains :

avant J.-C. 48-44 : Jules César
av. J.-C. 31- AD 14 : Octaviun (Augustus)
AD 14-37 : Tiberius
AD 37-41 : Caligula
AD 41-54 : Claudius
AD 54-68 : Néron
AD 68-69 : Galba, Otto, Vitéllius
AD 69-79 : Vespasien
AD 79-81 : Titus
AD 81-96 : Domitien
AD 96-98 : Nerva
AD 98-117 : Trajan
AD 117-138 : Aelius Hadrien
AD 138-161 : Antonius Pius
AD 161-180 : Marc Aurèle
AD 180-192 : Commode
AD 193-211 : Septime Sévère
AD 211-217 : Caracalla
AD 218-222 : Héliogobulus
AD 222-235 : Alexandre
AD 235-238 : Maximien
AD 249-251 : Decius
AD 253-260 Valérien
AD 253-268 : Gallien
AD 284-305 : Dioclétien
AD 313- Constantin

La première vague de persécution à frapper l’église commença avec le martyre d’Etienne (Ac 8 :1-4). Ceci a eu pour résultats, la dispersion de l’église de Jérusalem en Judée et Samarie (Ac 1 :8), et la défaite de Jérusalem par les romains en AD 70.

La deuxième vague de persécutions a eu lieu beaucoup plus tard, pendant le règne de Néron AD 54-68, après la grande incendie de Rome qui fut attribuée aux chrétiens. C’est généralement supposé que Paul et Pierre furent martyrisés pendant cette période. Ceci débuta la première de dix vagues de persécution pendant l’empire romain jusqu'à Constantin en AD 314.

Barclay nous donne un récit détaillé du cadre historique. Il nous donne les informations suivants.

Le récit traditionnel est que Jean fut banni sur l’île de Patmos à l’époque de Domitien ; là il eut ses visions ; il fut libéré à la mort de Domitien et retourna à Ephèse ; il écrit, sur papier, ses visions. Victorinus, qui écrivait vers la fin du troisième siècle après J.-C., dit : « Lorsque Jean eut ses visions, il se trouvait dans l’île de Patmos, condamné aux mines par l’empereur Domitien. Là, il vit la révélation ... Lorsqu’il fut libéré, il transmit cette révélation qu’il reçut de Dieu ». Jérôme donne un récit encore plus détaillé : «  Pendant la quatorzième année après la persécution de Néron, Jean fut banni à l’île de Patmos et là, il écrit l’APOCALYPSE ... A la mort de Domitien, et à l’appel du sénat, il retourna à Ephèse, ou Nerva était l’empereur. » Eusebius dit : « Jean, l’apôtre et l’évangile, raconta ces choses aux églises lorsqu’il retourna après son exile dans l’île, à la mort de Domitien. » La tradition nous confirme que Jean a eu ses visions pendant son exile dans l’île de Patmos. Le seul doute - qui est vraiment sans importance - est de savoir s’il a écrit pendant son exile ou à son retour. D’après ces récits nous pouvons situer l’écriture de l’APOCALYPSE vers AD 95.

On trouve une deuxième indice dans le livre, une attitude totalement nouvelle envers Rome et l’empire Romain. Dans les Actes des Apôtres, le tribunal des magistrats romains était souvent un refuge sur pour les missionnaires chrétiens face à la haine des juifs et la furie de la foule. Paul fut fier d’être citoyen romain et revendiqua les droits du citoyen romain. A Philippes il fut libéré en clamant ses droits de citoyen (Ac 16 :36-40). A Corinthe, Gallion rejeta les plaintes contre lui (Ac 18 :1-17). A Ephèse, les autorités romaines le dissuada d’affronter la foule (Ac 19 :13-41). A Jérusalem, le tribun protégea Paul de la foule en colère (Ac 21 :30-40). Lorsque le tribun romain eut vent d’un complot contre Paul, il arrangea une sauve conduite pour aller jusqu’à Césarée (Ac 23 :12-31). Lorsque Paul fit appel à César pour être jugé (Ac 25 :10-11). Lorsqu’il écrit aux Romains il encourageait la soumission aux autorités en charge, car l’autorité vient de Dieu (Rm 13 :1-7). Les conseils de Pierre sont les mêmes. On doit obéir aux rois et aux gouverneurs car leur pouvoir vient de Dieu. C’est le devoir d’un chrétien de craindre Dieu et d’honorer l’empereur (1 P 2 :12-17). En écrivant aux Thessaloniciens, Paul indique que seul le pouvoir de Rome contrôle le chaos dans le monde (2 Th 2 :7).

Dans le livre de l’APOCALYPSE, on ne trouve que de la haine envers Rome. Rome est une Babylone, la mère des prostituées, saoule du sang des saints et des martyrs (17 :5-6). Jean n’espère qu’une chose : voir sa destruction totale.

Ce changement d’attitude vient du développement étendu de l’adoration de César et la persécution qui se trouvent derrière ce livre.

Au moment où l’APOCALYPSE fut écrite, l’adoration de César était répandue dans tout l’empire romain. C’est à cause du refus de conformer qu’on persécutait et tuait les chrétiens. On disait que l’empereur incarnait l’esprit de Rome, qu’il était divin. Une fois par an chaque personne dans l’empire devait passer devant les magistrats, brûler une pincée d’encens devant une buste de César, et dire « César est Seigneur ». Après l’avoir fait, on pouvait vénérer le dieu de son choix pourvu qu’on accepte d’accomplir cette cérémonie d’abord.

L’explication est très simple. Rome était un empire vaste et hétérogène. Il contenait des peuples de races, de langues et traditions différents. La vénération de César avait pour but d’unifier l’empire, tout en laissant le peuple à ses propres traditions. Refuser d’accomplir la cérémonie devant le buste de César était un acte de déloyauté politique. Les Romains punissaient sévèrement quiconque refusait de dire « César est Seigneur ». Les chrétiens ne pouvait appeler Seigneur que Jésus Christ. Ceci était le point essentiel de leur croyance.

On doit tout d’abord regarder comment l’adoration de César a commencé, et comment elle était à son apogée au moment où l’APOCALYPSE fut écrite. Il faut noter que on ne l’imposait pas d’en haut. Le besoin de cette cérémonie venait du peuple ; on pourrait même dire qu’il venait tout seul. Seul les juifs étaient exemptés.

Au début, l’acte de vénération venait d’un sens de reconnaissance envers Rome. Le peuple était conscient de ce qu’il devait à Rome. La justice impartiale romaine avait remplacé l’oppression tyrannique. La sécurité remplaça l’insécurité. Les routes romaines s’étendaient partout ; et elles étaient sans danger des brigands. La mer était sans danger des pirates. Le « pax Romana », la paix romaine, fut une aubaine pour le monde ancien. Comme a dit Virgil, le destin de Rome fut « d’épargner les faibles et de jeter les orgueilleux. » Il y avait de l’ordre dans la vie. E.J. Goodspeed écrit : « Ceci fut la pax Romana. Sous le pouvoir romain, le provincial pouvait faire ses affaires, subvenir aux besoins de sa famille, envoyer ses lettres, et voyager en toute sécurité, grâce au bras puissant de Rome. »

La vénération de César ne commença pas avec la déification de l’empereur. Il commença avec la déification de Rome. L’esprit de l’empire fut déifié sous le nom de la déesse Roma. Roma représentait le pouvoir puissant et bienveillant de l’empire. Le premier temple à Roma fut construit à Smyrne en 195 avant Jésus Christ. Ce n’était qu’un pas ensuite pour imaginer l’esprit de Rome incarné par un homme, l’empereur. La vénération de l’empereur commença avec la vénération de Jules César, après sa mort. En 29 avant J.-C., l’empereur Auguste permit aux provinces d’Asie et de Bithynie d’ériger des temples à Ephèse et à Nicée pour adorer la déesse Roma et Jules César. On encourageait les citoyens romains à les vénérer. Ensuite, Auguste permit à ceux qui n’étaient pas des citoyens romains, de construite des temples à Pergame en Asie et à Nicomédie en Bithynie pour adorer Roma et lui-même.

C’est dans le caractère humain de vouloir vénérer un dieu qu’on voit plutôt qu’un esprit. Petit à petit, les hommes adoraient l’empereur de plus en plus à la place de la déesse Roma. Un accord du sénat fut toujours nécessaire pour construire un temple à l’empereur mais, au milieu du premier siècle, on accordait la permission de plus en plus. L’adoration de César devint la religion universelle de l’empire romain. Un clergé se mit en place et la religion fut organisée en presbytères. Les officiels avaient une position très élevée.

Cette culte n’avait pas pour but d’effacer d’autres religions. Rome était essentiellement indulgent. On pouvait adorer César et son propre dieu. Cependant, la culte de César devint un test de loyauté politique et devint la reconnaissance de la domination de César sur la vie et l’âme de l’homme. Regardons, donc, le développement de cette culte avant, et au moment de, l’écriture de l’APOCALYPSE.

  1. Auguste, mort en AD 14, permit l’adoration de Jules César, son prédécesseur. Il permit aux non-citoyens des provinces de l’adorer mais pas les citoyens ; il n’essaya pas d’obliger les gens à pratiquer cette culte.
  1. Tiberius (AD 14-37) ne pouvait pas empêcher la culte pour César. Il interdit la construction des temples et la nomination des prêtres ; dans une lettre à Gythio, une ville en Laconie, il refusa les honneurs divins. Au lieu d’encourager la culte pour César, il la décourageait activement.
  1. Caligula (AD 37-41) l’empereur suivant, fut épileptique, fou et mégalomane. Il insista sur les honneurs divins. Il tenta de faire respecter la culte pour César même parmi les juifs. Il projeta de faire placer son effigie dans le temple sacré à Jérusalem, un acte qui aurait sûrement déclencher une rébellion. Heureusement il est mort avant de voir ses projets accomplis. Pendant son règne, on voit un épisode où l’adoration de César devenait un ordre impérial.
  1. Caligula fut suivi par Claudius (AD 41-54) qui inversa cette politique insensée. Il écrit au gouverneur d’Egypte - il y avait un million de juifs en Alexandrie - soutenant le refus juif d’adorer l’empereur, et leur accorda une liberté totale de pratiquer leur propre religion. Lors de son ascension au trône, il écrit à Alexandrie en disant : «  Je désapprouve la nomination d’un grand prêtre et la construction des temples en mon nom, car je ne veux pas offenser mes contemporains, et j’estime que les usages ont toujours attribué des honneurs aux dieux immortels. »
  1. Néron (AD 54-58) ne prenait pas sa divinité au sérieux et ne fit rien pour faire respecter la culte de César. C’est un fait qu’il persécuta les chrétiens ; ceci non pas à cause de leur religion, mais parce qu’il avait besoin d’un bouc émissaire après la grande incendie de Rome.
  1. A la mort de Néron, il y eut une suite de trois empereurs en dix-huit mois - Galba, Otto et Vitellius. Pendant cette période la question de la culte de César ne s’est pas posée.
  1. Vespasien (AD 69-79) et Titus (AD 79-81) furent des empereurs sages. Ils n’ont pas essayé de faire respecter la culte de César.
  1. L’arrivée de Domitien (AD 81-96) apporta un grand changement. C’était le diable. Il était le pire de tous - un persécuteur de sang-froid. A l’exception de Caligula, il fut le premier empereur à prendre sa divinité au sérieux et d’ordonner la vénération de César. Caligula fut un diable fou. Domitien fut un diable sain d’esprit, ce qui est encore plus terrifiant ! Il fit érigé un monument à « Titus déifié, fils de Vespasien déifié ». Il commença un campagne de persécution contre tous ceux qui refusaient de vénérer les dieux anciens. Il les appela les « athées ». Il dirigea sa haine contre les juifs et les chrétiens. Lorsqu’il arrivait au théâtre avec l’empresse, la foule devait crier «  Vivent notre Seigneur et sa Dame ! » Il faisait comme s’il était un dieu. Il informa tous les administrations que chaque annonce ou décret devrait commencer par « Notre Seigneur et Dieu Domitien ordonne ... » On devait l’adresser comme « Seigneur et Dieu. »

Que pourraient faire les chrétiens ? Ils avaient quel espoir ? Ils n’avaient aucune influence, aucun prestige. La puissance de Rome fut montée contre eux. Ils se trouvaient confrontés aux choix - César ou Christ. L’APOCALYPSE fut écrite pour encourager les homme à un tel époque. Jean ne ferma pas les yeux sur les terreurs ; il vit des choses terribles ; mais il vit également la gloire pour ceux qui avaient le courage de défier César par amour du Christ. L’APOCALYPSE vient d’un âge héroïque de l’histoire de l’Eglise chrétienne. C’est un fait que Nerva (AD 96-98), le successeur de Domitien, révoqua les lois cruels, mais le mal était fait. Les chrétiens étaient des hors-la-loi, et l’APOCALYPSE est un appel de rester fidèle jusqu'à la mort pour gagner la couronne de vie.

Hailey trace le règne des empereurs et les vagues de persécution de Néron (AD 54-68) jusqu'à Dioclétien (AD 284-305) à finir par Constantin I en 313.


l'Apocalypse

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